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Jeudi 26 avril 2007
Reconstitution historique appliquée? Histoire d'amour dans les coulisses du théâtre? Film scolaire ou dynamitage des conventions?
Non, définitivement non.

Stage Beauty se situe dans une autre sphère, évoquant le changement d'une époque à travers le changement de la façon de concevoir le théâtre: la fin des hommes grimés en femmes et l'accès des planches aux femmes, à travers une histoire plus subtile qu'elle n'en a l'air, l'histoire d'une admiration éperdue qui débouchera sur un amour ambigu.

Alors bien sur, certains passages et personnages apparaissent très fabriqués: le comte obèse qui sera l'un des instruments de la disgrâce de Kynaston et sa rencontre fortuite avec celui-ci qui conditionnera leur haine réciproque mouais, un peu tiré par les cheveux, et puis surtout la mise en parallèle du passage à tabac de Kynaston avec l'ordonnance royale interdisant aux hommes désormais de jouer des femmes, elle me semble d'une redondance et d'un surlignage assez inutile.

Cependant, on note de très bonne chose par ailleurs, comme cette scène d'amour en 3actes et 3plans, très subtile et sensuelle, comme la photographie qui laisse les lumières des bougies dans un flou artistique à la David Hamilton, comme une musique qui surgligne en permancence les effets, mettant en valeur le caractère finalement très artificiel de la vie des personnages, comme le jeu des acteurs principaux très impliqués, comme les nombreuses allusions coquines et autres phrases à double sens qui parsèment le métrage et lui donne un charme comique irrésistible par moment.

Et puis la fin arrive, une fin à laquelle on s'attendait sans trop y croire, un happy end un peu mitigé et surtout un peu trop simple. Finalement le plus grand regret, c'est de n'avoir pas donné toute l'ampleur dramatique que le thème méritait: le film reste agréable, mais passe un peu à côté de son sujet en ne faisant qu'effleurer les conséquences de l'ordonnance royale; le choix de faire un film à mi chemin entre le drame et la comédie romantique tout en le parsemant de touches d'humour plus subtil laisse finalement un goût d'inachevé, d'éparpillement.
Un coup d'épée dans l'eau, certes.
Mais un coup sympathique tout de même.
Par D. R. Frag - Publié dans : Chroniques
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Commentaires

    Peut-on vraiment dire que le film "laisse un goût d'inachevé et d'éparpillement"? Je ne le crois pas.

    Deux aspects sont à prendre en compte: le changement de Kynaston et la réussite de la scène de la mort de Desdémone.
    On suit le changement d'un personnage qui, sur les planches, ne peut s'empêcher d'être femme. Cet homme qui ne sait jouer le rôle d'un homme. Se sentir femme est ce qui lui permet d'exister professionnellement et sentimentalement. La rupture avec son ami dans la salle de vapeur le ramène sur terre de façon très brutale, lui faisant comprendre qu'il l'aimait seulement à travers les personnages féminins qu'il incarnait et non pour l'homme qu'il était. A cela s'ajoute le décret royal qui interdit aux hommes de tenir des rôles de femmes. A partir de là, le petit monde de Kynaston s'écroule. Le personnage qui se tient à présent devant nous n'est plus le Kynastion confiant et arrogant mais un homme complètement déboussolé qui vient de perdre ce qui lui permettait d'exister pleinement.
    En ce qui concerne sa sexualité, Kynastion ne passe pas soudainement de l'homosexualité à l'hétérosexualité. Certains petits détails le prouvent: au début du film, lors de la scène de la loge commune, Maria et Kynaston, ce dernier mécontent de la façon dont il (elle) meurt, répètent la scène de la mort de Desdémone. A un moment, Kynastion tente d'embrasser Maria penchée au dessus de lui. Un autre exemple: la scène dans la chambre de l'aubergiste. Durant cette séquence, Kynaston se laisse passionnément étreindre par Maria.
    La scène de la mort est un élément important car elle début et clôt le film. Kynaston n'est jamais satisfait de la façon dont il joue cette scène et tente désespérément d'en percer le secret. Il ira jusqu'à poser la question à Maria durant leurs ébats amoureux. Ce véritable tue-l'amour donnera suite à un discours virulent de la part de Maria qui fera comprendre à Kynaston que ce qui n'allait pas dans la scène venait du fait qu'il ne luttait pas lorsque le maure tentait de l'assassiner. Alors qu'une femme ne se laisserait jamais faire par son aggresseur. Elle tenterait de se défendre du mieux qu'elle peut. Enfin, Kynaston accepte de laisser tomber le jupon pour interpréter le rôle du maure suite aux paroles de la maîtresse du roi qui provoque un déclic chez lui: "Ce n'est ni sa démarche ni sa diction qui font l'homme mais son action". Il prend conscience que le seul moyen de réussir la scène de la mort est d'en restituer toute l'ampleur dramatique. Les acteurs doivent faire ressentir aux spectateurs la haine, le désespoir et la peur qui caractérisent cette scène. Et pour cela, ils doivent se fondre dans leur personnage. Le film s'achève. Kynastion a enfin réussit à jouer la scène de la mort.

    Si l'on veut vraiment parler d'éparpillement, il me semble que ce terme ne doit pas être employé pour qualifier le film mais plutôt le personnage de Kynastion dont la psychologie reste floue jusqu'à la fin du film. Lorsque Maria lui demande lors de la dernière séquence s'il est homme ou femme, Kynaston répond ne toujours pas savoir...
Commentaire n°1 posté par Marjorie le 15/05/2007 à 01h05

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